Retour précipité

Comme pour demontrer la veracite de cette definition de la Vie qui ne serait que l’ensemble des choses qui se produisent lorsqu’on en prevoyait d’autres, nous sommes de retour en Suisse. Mais revenons quelques semaines plus tot.

16 aout 2001… Cela fait deja plusieurs jours qu’une tension tout a fait reelle peut etre percue dans les couloirs de mon entreprise. Ce jour-la, plus de mille d’entre nous quitteront le navire. Cause: licensiement economique. Traduction: nous nous trouvons au mauvais endroit, au mauvais moment. Ma reunion avec mon superieur direct commence a 08:30 et dure moins d’une demi-heure. Suite a cela, apres quelques heures passees a faire mes cartons et dire au-revoir a mes collaborateurs les plus proches, je suis de retour a la maison – pour de bon. Et pourtant, impossible d’en vouloir a qui que ce soit. Ayant pour role de gerer des projets dans un groupe qui s’est organise autour de procedures purement operationnelles, je n’ai simplement plus ma place ici – et les transferts internes sont exclus dans ces circonstances.

Par le miracle de la politique interne, on me promet pourtant qu’en quelques jours seulement je serai engage dans un autre groupe. Quelques semaines plus tard, au moment du depart et malgre plusieurs personnes me racontant toujours la meme histoire, j’attends toujours une offre. A bien y reflechir, je ne suis pas certain que je l’aurais acceptee. L’ambiance d’une entreprise en perdition est certes quelque chose a experimenter, mais cela doit un jour prendre fin et j’ai besoin d’horizons nouveaux.

Les quelques semaines qui suivent sont plutot penibles. Moins a cause du fait que je suis techniquement au chomage que parce que nous voyons chaque jour un peu plus notre reve s’effondrer – realisant petit a petit que nous n’allons probablement pas pouvoir rester. Je me mets en quete d’un job dans la region mais les licensiements continuent par milliers dans la Bay Area. Plusieurs amis offrent de m’aider, me suggerent des pistes, font suivre mon CV dans des entreprises apparemment robustes. Pourtant rien ne bouge, et les memes entreprises licensieront des milliers de personnes quelques semaines plus tard.

Le 11 septembre, l’horreur frappe a quelques milliers de kilometres de la. Des fous furieux font pleuvoir des avions du ciel, tuant des milliers d’innocants et changeant peut-etre a jamais la facon de vivre d’une nation entiere. Nous assistons au drame effares. Autour de nous, tout le pays se souleve d’un seul homme, solidaire. Des drapeaux sont mis en berne partout. Des enfants de la Bay Area confectionnent des ours en peluche pour les nouveaux orphelins de la cote Est. Les visages d’habitants de la region morts dans le World Trade Center se succedent a la television. Les habitants se regroupe par centaines le soir pour allumer des bougies, se souvenir, tenter de comprendre. Une ancienne chanson de Lee greenwood – “God bless the USA” – recommence a etre diffusee plusieurs fois par jour. Elle restera a jamais gravee dans nos memoires, associee a la fierte d’un peuple meurtri mais pas abattu. Bien que nous ne partagions pas leur nationalite, notre presence meme a Silicon Valley prouve notre affection de certaines valeurs communes et ce sont ces valeurs qui ont ete baffouees. Alors qu’en Europe on questionnera certainement un jour si ce “n’etait pas merite”, notre presence de ce cote de l’Atlantique ne nous permet pas de nous poser la question, tellement la reponse est evidente: rien ne justifie de tels actes.

Parallellement a cela, ma recherche d’un emploi n’avance guere et nous decidons de rentrer avant d’entamer nos economies. Inutile de nager a contre-courant. Nous ne le saurons jamais mais je suis convaincu qu’avec un job, et malgre la tension croissante dans ce pays et dans le monde, nous serions restes en Californie.

Une fois notre decision prise, il sufifira de deux semaines pour poser le pied en Suisse. Les operations consistant a annuler nos divers contrats est encore plus aisee que leur etablissement quelques mois plus tot. Seule ombre au tableau, la vente de la voiture. Nous perdons un peu d’argent en faisant la transaction avec un garage mais au moins quittons le pays avec le cash, et sans plus aucun probleme a regler sur place.

28 septembre 2001… Notre avion atterri a Geneve. Nous n’avons aucun remord. L’experience etait fantastique, d’une richesse inesperee en nouvelles amities, nouveaux lieux et nouvelles habitudes. Quelques regrets nous habitent pourtant, tellement nous avons l’impression d’avoir ete stoppes net en plein vol. Il se peut qu’il nous faille quelques annees en Suisse avant de repartir, mais nous ne sommes certainement pas degoutes de la notion d’expatriation.

D’un point de vue technique, ici se cloture donc notre premiere experience d’expatriation…

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s